Ce projet d'archéologie expérimentale a été initié en 2016 par Jean-François Mariotti en charge de l'archéologie subaquatique et Eric Normand gestionnaire du département de la Charente-Maritime au sein du Service régional de l'Archéologie, Direction régionale des Affaires culturelles de Nouvelle-Aquitaine. Il s’appuie sur les données archéologiques produites par deux chantiers de fouilles subaquatiques programmées menés dans le fleuve Charente.
L’ambition du projet n’est pas de reconstituer un bateau mérovingien selon les techniques exactes de l’époque, mais de répondre aux interrogations soulevées par les fouilles archéologiques. En effet, l’absence de sources iconographiques, de traités de construction navale ou d’artefacts comparables pour cette période rend toute interprétation délicate. Aucune épave similaire n’a à ce jour été identifiée, et les fonds documentaires pré-médiévaux restent rares, notamment pour la région.
Les données recueillies sur les trois épaves ont été synthétisées pour concevoir un bateau « type », combinant la forme ogivale des épaves du Priouté et le système de propulsion supposé de l’épave de Taillebourg. Le fac-similé intègre ainsi le massif d’emplanture d’EP3 et les apotureauxExtrémité de l'allonge et de la membrure formant le couple, dépassant de la lisse et servant de point d'amarrage au bateau.
d’EP2, permettant d’évaluer l’usage de la voile : s’agit-il d’une simple aide à la navigation par vent arrière, ou d’un moyen de propulsion autonome ? Pour cela, la seule présence du bouchain vif de ces bateaux à fond plat permet-elle de tirer des bords ? L’usage de dérives latérales amovibles connues sur d’autres embarcations est-il proposable ?
Ces expérimentations visent à préciser les capacités de navigation et, par conséquent, l’espace nautique potentiel de ces bateaux. Une dernière inconnue concerne leur capacité de charge, dont l’évaluation pourrait éclairer leur destination d'usage.
Entre 2004 et 2020, trois épaves mérovingiennes (EP1, EP2 et EP3) ont été mises au jour dans le lit de la Charente, en aval de Saintes. Les fouilles, réalisées par deux équipes d'archéologues plongeurs, révèlent un type de bateau jusqu’alors inconnu pour cette période. Deux des épaves proviennent du site immergé du Priouté à Port-d’Envaux fouillé sous la direction de Philippe Moyat (ETSMC, UMR 6298), tandis que la troisième a été exhumée sur le site portuaire de Taillebourg fouillé sous la direction de Jean-François Mariotti, (SRA Nouvelle-Aquitaine, UMR 7302).
L’épave EP1 du Priouté, datée entre 680 et 874 apr. J.-C., est conservée à 80 %. Longue de 6,52 m et large de 2,36 m, elle repose à l’endroit au fond du fleuve. Sa structure, à fond plat et dotée d’une étrave, est caractérisée par une architecture massive : douze membrures de section 25 cm x 15 cm, assemblées par des chevilles en bois. L’érosion a cependant effacé le sommet des bordésEnsemble des planches de bordage constituant la coque externe d’un bateau.
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L’épave EP2, que 2 échantillons datent de 601 à 671 et de 650 à 771 apr. J.-C., se distingue par sa position inversée, coque retournée et proue dirigée vers l’aval. Elle est longue de 9,1 m et large de 3,2 m. Si la sole a disparu sous l’effet de l’érosion, cette orientation a permis la conservation du haut du bordage, offrant ainsi un modèle transposable à l’épave EP1. Parmi les éléments notables, on relève la présence d’une lisseÉlément de structure longitudinal du bateau placé au sommet du bordé, qui relie tous les couples.
et de couplesEnsemble composé de la membrure et de l'allonge formant un «U» transversal de la coque.
dont la tête forme un apotureauExtrémité de l'allonge et de la membrure formant le couple, dépassant de la lisse et servant de point d'amarrage au bateau.
percé d’un œil, à l’avant comme à l’arrière.
L’épave EP3 de Taillebourg, datée par dendrochronologie entre 621 et 629 apr. J.-C., se présente sous la forme de vestiges dispersés sur une surface d’environ 36 m². Parmi les bois en connexion, un ensemble formé de deux bordages reliant des membruresPièce de bois transversale qui s'élève du fond de la coque sur un flanc.
supportant un massif d’emplanture. Les bordages et membruresPièce de bois transversale qui s'élève du fond de la coque sur un flanc.
des flancs bâbord et tribord convergent en une forme ogivale, suggérant un bateau à fond plat, équipé d’une étravePièce qui prolonge la quille en s’élevant, à l’avant du bateau, et sur laquelle se referment les planches de bordage.
, d’un étambotPièce qui prolonge la quille en s’élevant, à l’arrière du bateau, et sert de support au gouvernail.
et d’un gréement.