La construction

Le projet a été financé principalement par la Direction régionale des Affaires culturelles (DRAC) de Nouvelle-Aquitaine, site de Poitiers. Il est placé sous le contrôle d'un comité technique réunissant archéologues, techniciens de la batellerie, représentants de la DRAC et élus. Il a été mené au sein de l’Institut médico-éducatif (IME) de la Croix-Rouge à Tonnay-Charente, en collaboration avec le directeur et de l'équipe pédagogique. Les élèves de l’établissement, encadrés par leurs enseignants, ont activement participé à la construction, aux côtés de Camille Leret, charpentier de marine et référent technique. Ce chantier a également mobilisé les archéologues à l’origine du projet, les membres de l’AREPMAREF, ainsi que des associations locales et des bénévoles.

Réalisation d’une maquette préalable

Faute de bois adaptés disponibles en quantité suffisante, la construction d’une maquette s’est imposée comme une étape préparatoire. Cette contrainte s’est avérée bénéfique : elle a permis d’anticiper les difficultés techniques et organisationnelles, de valider les gabarits de construction (issus des relevés archéologiques) et d’affiner le scénario de montage du fac-similé.

Toutes les étapes menant à la fabriquation de la maquette du fac-similé à l'échelle 1/5ème à partir des plans archéologiques.
Repport du plan archéologique d'une des membrures sur un gabarit à l'échelle 1/5ème. Ce gabarit servira à tailler la membrure correspondante de la maquette du fac-similé avec le bois à disposition.
Réalisation en cours de la maquette du fac-similé à l'échelle 1/5ème.
Maquette terminée du fac-similé à l'échelle 1/5ème.

Recherche des bois tords

L’approvisionnement en bois a constitué un défi majeur. Les pratiques actuelles de l’industrie forestière, qui privilégient les fûts droits, ont rendu difficile la collecte des pièces courbes nécessaires. Malgré un partenariat avec la scierie Moreau à Genillé (Indre-et-Loire), spécialisée dans la fourniture des monuments historiques, il a fallu compléter l’approvisionnement auprès de particuliers, comme le domaine de Boisguérin à Souvigné (Deux-Sèvres). L’utilisation de gabarits reproduisant le profil des membruresPièce de bois transversale qui s'élève du fond de la coque sur un flanc. a facilité la sélection des bois adaptés.

Recherche des bois tords à l'aide des gabarits réalisés à l'échelle 1/1.
Recherche des bois tords à l'aide des gabarits réalisés à l'échelle 1/1.

Construction du fac-similé à l’échelle 1/1

La construction a suivi le phasage défini par la maquette. Après la pose de la sole, l’étravePièce qui prolonge la quille en s’élevant, à l’avant du bateau, et sur laquelle se referment les planches de bordage. et les couplesEnsemble composé de la membrure et de l'allonge formant un «U» transversal de la coque. d’extrémité ont été mis en place, suivis des bouchains monoxylesPièce de bois en «L» assurant la liaison entre la sole et le bordé. reliant sole et bordéEnsemble des planches de bordage constituant la coque externe d’un bateau.. Une lisseÉlément de structure longitudinal du bateau placé au sommet du bordé, qui relie tous les couples. provisoire a permis de dessiner l’ogive de la coque, facilitant le calcul des angles et le débitage des membruresPièce de bois transversale qui s'élève du fond de la coque sur un flanc.. La pose des bordages et de la lisseÉlément de structure longitudinal du bateau placé au sommet du bordé, qui relie tous les couples. définitive a marqué l’achèvement du gros œuvre. Cette phase a révélé aux archéologues l’importance du remaillage des bois, une pratique rarement évoquée dans la littérature archéologique, souvent interprétée à tort comme une réparation postérieure à l’usure.

Construction du fac-similé à l'échelle 1/1.
Construction du fac-similé à l'échelle 1/1.
Construction du fac-similé à l'échelle 1/1.

Fabrication du gréement et de l’armement

La conception du gréement, de la voile et de l’accastillage a posé des défis particuliers. En l’absence d’indices matériels autres que les apotureauxExtrémité de l'allonge et de la membrure formant le couple, dépassant de la lisse et servant de point d'amarrage au bateau. et le massif d’emplanture, les choix techniques se sont appuyés sur des sources archéologiques, iconographiques et ethnologiques. Une pièce de bois circulaire découverte à Taillebourg, initialement identifiée comme un réa de poulie, s’est révélée être un cap de moutonPièce de bois circulaire, comportant une gorge sur sa tranche et percée de un à trois trous. Doublée, elle permet grâce à un cordage de constituer un palan. médiéval, utilisé pour tendre les haubans.

Les matériaux ont été sélectionnés pour leur authenticité : chanvre pour les cordages, lin pour la voile. Cette dernière, de forme aurique (4 m x 3,5 m), a été confectionnée dans l’atelier d’Anne Renault à Fouras, à partir de cinq laizes cousues au point broché, une technique attestée par les fragments de voiles médiévales de Lyon. Les avirons, en frêne, reproduisent des artefacts du haut Moyen Âge découverts à Londres, tandis qu’une ancre de la même période, mise au jour dans la Charente, a été reproduite par la forge des Ateliers Partagés de Rochefort.

Cousage de la voile au point croisé.
Finitions sur les rames avant la peinture.

Mise à l’eau, calfatage et finitions

Le délai entre la livraison des bois et l’achèvement du gros œuvre a été allongé par les confinements liés au Covid-19 et divers aléas administratifs. L’assèchement excessif des bordages et des membruresPièce de bois transversale qui s'élève du fond de la coque sur un flanc. a provoqué l’apparition de jours entre les pièces. Une mise à l’eau prolongée (plus de trois mois) a permis aux bois de gonfler et de combler ces espaces. Après cette réhydratation, le bateau a été sorti pour le calfatage et le goudronnage, selon des techniques traditionnelles. La mise en couleur (lisseÉlément de structure longitudinal du bateau placé au sommet du bordé, qui relie tous les couples., étravePièce qui prolonge la quille en s’élevant, à l’avant du bateau, et sur laquelle se referment les planches de bordage., mâture et avirons) s’inspire des textes anciens évoquant des flottes noires ou rouges, notamment celles des abbayes charentaises. Une peinture à la farine «sang de bœuf» a été utilisée pour rappeler cette tradition.

La coque a été immergée plus de 3 mois dans la Charente pour que le bois reprenne sa forme avant de passer à la phase du calfatage et du goudronnage.
Calfatage de la coque à l'aide de filasse appliquée en force entre les pièces de bois qui seront au contact de l'eau en frappant avec un maillet sur un fer à calfat. La filasse est ensuite protégée par un enduit de goudron.
Goudronnage de la coque pour protéger le bois et le calfatage.